À Beni, le Forum provincial de paix ouvert ce 23 févrir et qui ira jusqu’au 25 février sur la problématique des Allied Democratic Forces (ADF) suscite à la fois espoir et scepticisme. Dans une province du Nord-Kivu marquée par des massacres répétés, ces assises sont perçues comme un test de crédibilité pour les autorités provinciales.
Le député provincial Kambale Lutsumbi Bienvenu, membre de l’Union Sacrée qui est au pouvoir, pose un ton ferme : « Notre population n’a pas besoin d’un énième cadre de discussions. Elle a besoin de résultats concrets sur le terrain : la fin des massacres, la sécurisation effective des villages, le retour des déplacés, l’assèchement des réseaux de financement et la protection réelle des civils. » Il prévient que sans mécanisme clair de suivi et responsabilités établies, le forum risque de rejoindre la liste des initiatives sans impact durable.
De son côté, le député honoraire Promesse Matofali proche de l’opposant Moise katumbi, qui affirme ne pas avoir été invité, salue l’initiative tout en plaidant pour une nouvelle approche. « Nous saluons l’ouverture du Forum (…) et nous proposons d’insister sur l’autodéfense organisée comme une nouvelle stratégie à mettre en place », déclare-t-il, estimant que l’opposition et certaines figures locales auraient dû être davantage associées.
L’ancien élu rappelle que sous Joseph Kabila comme sous Félix Antoine Tshisekedi, plusieurs opérations militaires, de Sukola à l’état de siège, n’ont pas permis d’éradiquer durablement les violences. « Les décisions prises ne sont jamais appliquées », regrette-t-il.
Sa proposition phare consiste à former, encadrer et rémunérer des jeunes issus des villages ciblés afin d’assurer une défense locale, arguant que « les militaires ne peuvent être partout au même moment ». Une idée qui séduit certains acteurs communautaires, mais qui soulève aussi des interrogations sur les risques de dérives et de militarisation accrue des civils.
Entre exigence de résultats concrets et appel à repenser la stratégie sécuritaire, le Forum de Beni montre ainsi deux visions complémentaires mais différentes. Pour une population meurtrie, une seule attente domine : que ces discussions débouchent enfin sur des actes capables de ramener une paix réelle et durable.

