RDC : Reboiser avec le cacaoyer, une plante qui soigne la terre et nourrit les familles, la lutte des autochtones de Bingo au Nord-Kivu

À Bingo, une entité rurale située à une heure de route de la ville de Beni, en province du Nord-Kivu, dans le groupement des Baswagha Madiwe, dans la partie Est de la République démocratique du Congo, riveraine du parc national des Virunga, les communautés locales optent pour la plantation de jeunes plants de cacaoyers. Un choix à la fois écologique, et porteur d’espoir économique, dans cette région riveraine du parc des Virunga où la forêt a reculé au fil des décennies sous l’emprise des activités humaines.« Reboiser avec une plante qui soigne la terre tout en nourrissant les familles », c’est le slogan qui motive les autochtones de Bingo.

 Sous un soleil timide de l’aube, à la ferme-école Nino Baglieri, d’une verdure à perte de vue, des dizaines de villageois répondent au rendez-vous. Machettes, houes à la main pour les uns, et pour les autres, des brouettes et des sacs plastiques : direction la pépinière où poussent les jeunes plants de cacaoyers.
« Allez-y en ordre et soyez expéditifs pour rejoindre les équipes qui sont déjà au champ. Nous devons être prêts avant la tombée de la pluie, qui peut nous surprendre d’un moment à l’autre », lance sur un ton motivant monsieur l’abbé et ingénieur Ndavaro Norbert, superviseur du projet Climat Virunga, exécuté par le diocèse de Butembo-Beni, l’Université catholique du Graben et la ferme-école Nino Baglieri de Bingo. Ce projet bénéficie du soutien technique et financier de l’organisation Virunga Mazingira, en collaboration avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), gestionnaire du parc national des Virunga, avec l’appui financier du Jardin botanique de Meise en Belgique et de la région flamande de Belgique. Cette initiative bénéficie  aux communautés locales,  membres de la Coopérative Nino Baglieri.

Des mains calleuses creusent à la houe des trous d’environ cinq centimètres dans une terre humide, sur une superficie d’environ 90 hectares, dans la concession de la ferme-école Nino Baglieri de Bingo.

Entre les rangées, MuhindoTsongo Janvier, agriculteur et père de famille, plante minutieusement les jeunes cacaoyers. « Je sème le cacao pour essayer, tant soit peu, de protéger notre environnement détruit par la pression humaine », confie-t-il en essuyant la sueur de son front avec un large sourire. « C’est une bonne affaire aussi sur le plan économique. Je lance un appel à tous les agriculteurs : pratiquons une agriculture respectueuse des normes écologiques. »

À quelques mètres de lui, NdovyaMakasiMathiasi partage le même rêve, celui d’une terre qui soigne et qui nourrit:
« Nous plantons le cacaoyer pour qu’un jour, il nous profite économiquement et écologiquement. À mes collègues agriculteurs, je dis : cultivons sans détruire, ne coupons pas tous les arbres », laisse-t-il entendre.

Ces paysans, autrefois tournés vers des cultures vivrières exigeantes en sols fertiles, redécouvrent la patience et la durabilité à travers le cacao. Dans leur regard, un mélange de fierté et d’espérance.

Quand le cacao devient remède au climat

Pour Onyane Samuel, le cacao est plus qu’une culture, c’est une réponse aux dérèglements climatiques que les paysans ressentent au quotidien.
« Suite à la destruction de l’environnement, nous subissons des périodes de soleil brûlant et des pluies violentes qui ruinent nos récoltes. En plantant le cacaoyer, nous préservons la nature et gagnons notre vie. Grâce à cette culture, beaucoup de familles vivent mieux et scolarisent leurs enfants. »

Positionnement de la RDC sur le marché africain du cacao

Selon le média Green Afia, l’Afrique reste un acteur majeur dans la production mondiale de café et de cacao, portée par des pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Éthiopie et l’Ouganda. Cependant, certains chiffres de production demeurent sous-évalués en raison de pratiques frauduleuses, notamment en RDC. Les défis liés à la durabilité, à la qualité et aux conditions de travail appellent des efforts accrus pour renforcer la résilience des producteurs face au changement climatique et moderniser les infrastructures du secteur.

Fluctuation du prix du cacao en RDC (septembre 2025)

En septembre 2025, l’Agence congolaise de presse  (ACP)  a noté des baisses et des hausses fluctuantes du kilogramme de cacao, attribuant ces mouvements aux facteurs habituels d’offre et de demande sur les marchés internationaux.

Voici le graphique illustrant l’évolution du prix du kilogramme en septembre 2025. On observe une baisse continue au début et à la mi-septembre, suivie d’un léger rebond avant une nouvelle chute en fin de mois.

 La science confirme le rôle écologique du cacaoyer

Selon le docteur Ndavaro Norbert, ingénieur en sciences forestières et en conservation de la biodiversité, enseignant à l’Université catholique du Graben, en faculté des sciences agronomiques, la culture du cacao s’intègre parfaitement dans les stratégies de reboisement durable.
« Le cacaoyer est une espèce pérenne à grand potentiel écologique. Ses feuilles forment un couvert végétal qui retient l’humidité du sol, favorise la régénération des micro-organismes et limite l’érosion. C’est une culture économiquement rentable, mais aussi un outil écologique de restauration des écosystèmes forestiers », a-t-il précisé.

Le scientifique insiste sur la nécessité d’un encadrement technique continu pour garantir la qualité des plants et la pérennité du modèle :
« Si chaque paysan plante un cacaoyer, c’est une victoire pour la nature et pour sa famille », précise-t-il.

Toutefois, il démontre qu’aucune étude scientifique ne permet de prouver demanière certaine que le cacaoyer contribue à l’amélioration des propriétés physiques et chimiques du sol. Selon lui, Au contraire, plusieurs observations sur le terrain suggèrent que les cacaoyers adultes peuvent être hautement compétitifs vis-à-vis des cultures vivrières, comme le bananier, le manioc ou le maïs. Cette compétition se traduit par une concurrence pour l’eau, la lumière et les nutriments du sol, ce qui peut entraîner une réduction de la croissance et du rendement des cultures associées.

Les chercheurs soulignent que la gestion des systèmes agro forestiers cacao-cultures vivrières doit être soigneusement planifiée. Cela inclut le choix de densités de plantation adaptées, des techniques de fertilisation ciblée, et des pratiques de taille et d’ombrage pour minimiser l’impact compétitif du cacaoyer sur les plantes alimentaires. Ainsi, la promotion de la culture du cacaoyer à grande échelle nécessite un équilibre entre la productivité du cacao et la sécurité alimentaire des communautés locales.

Entre économie verte et résilience communautaire

Dans cette région frontalière du parc national des Virunga, marquée par des décennies de conflits et de pauvreté, le cacao devient un symbole de résilience. Il pousse là où les forêts avaient disparu ; il nourrit là où l’espoir semblait aride.

Une étude qui analyse la chaîne de valeur du cacao à Bingo et à Beni (Nord-Kivu, RDC), publiée dans la revue interdisciplinaire « Parcours et initiatives » de l’Université catholique du Graben, en septembre 2025, démontre que le prix moyen varie entre 6,5 USD à Bingo auprès des producteurs et 7,25 USD à Beni auprès des acheteurs locaux. Le revenu moyen par producteur s’élève à environ 1 061 USD à Bingo, et celui des acheteurs locaux à 989 USD à Beni et 1 095 USD à Butembo.

Par Elisha Kindy, reportage à Bingo, Nord-Kivu, RDC.

 

 

 

Résumé

À Bingo, une localité rurale du Nord-Kivu voisine du parc national des Virunga, les communautés locales se mobilisent pour reboiser leur territoire en plantant des cacaoyers. Ce choix, à la fois écologique et économique, vise à restaurer les sols dégradés tout en assurant des revenus durables aux familles.

Encadrés par le projet « Climat Virunga », soutenu par le diocèse de Butembo-Beni, l’Université catholique du Graben et l’organisation Virunga Mazingira, les paysans apprennent à cultiver le cacao selon des pratiques respectueuses de l’environnement.

Les témoignages d’agriculteurs comme Muhindo Tsongo Janvier et Ndovya Makasi Mathiasi illustrent la conviction croissante que le cacao peut à la fois protéger la nature et améliorer la vie des ménages.

Sur le plan scientifique, le docteur Ndavaro Norbert souligne le rôle écologique du cacaoyer : il maintient l’humidité du sol, favorise la biodiversité et limite l’érosion.Enfin, une étude publiée en septembre 2025 dans la revue Parcours et initiatives révèle que le prix du cacao varie entre 6,5 USD à Bingo et 7,25 USD à Beni, pour un revenu moyen d’environ 1 061 USD par producteur.
Ainsi, à Bingo, le cacao s’impose comme un symbole d’économie verte et de résilience communautaire, offrant une réponse locale aux défis de la déforestation et du changement
climatique

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