La cité frontalière de Kasindi-Lubiriha, dans le territoire de Beni, connaît une recrudescence inquiétante de la fraude transfrontalière. Des quantités importantes de cacao et de café sont régulièrement acheminées clandestinement vers l’Ouganda, principalement pendant les heures nocturnes, en contournant les postes frontaliers officiels par la rivière Lubirihya.
Selon le chef de bureau de l’Office National des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC) à Kasindi, monsieur Justin Kakule, les services de contrôle ont déjà intercepté 118 tonnes de cacao en seulement cinq mois. Il s’agit, selon lui, d’un volume record illustrant l’ampleur de la fraude.
« Nos équipes travaillent jour et nuit pour décourager ces pratiques. Mais les fraudeurs profitent souvent de l’obscurité et des pistes non surveillées pour faire passer leurs produits vers l’Ouganda », a-t-il expliqué.
Les produits saisis proviennent pour la plupart de plantations locales situées dans les secteurs de Ruwenzori, Mutwanga et Bulongo. D’après l’ONAPAC, cette exportation illégale prive la République démocratique du Congo de milliers de dollars de recettes fiscales et affaiblit le marché intérieur du cacao et du café.
Pour les producteurs congolais, cette situation constitue également une menace. En privilégiant les circuits frauduleux, certains commerçants vendent à des prix légèrement plus élevés en Ouganda, mais au détriment de la traçabilité et de la qualité exigées sur le marché international.
« Ce cacao non déclaré échappe à tout contrôle de qualité. Cela ternit l’image de la filière congolaise et compromet les efforts de certification en cours », a déclaré un responsable agricole local.
Face à la situation, l’ONAPAC et les autorités territoriales appellent les producteurs et commerçants au sens patriotique et au respect des procédures légales d’exportation.
« La fraude détruit notre économie. Chacun doit comprendre que vendre légalement, c’est contribuer au développement de notre pays », a rappelé monsieur Justin Kakule.
Un phénomène ancien mais persistant
Des opérations conjointes entre l’ONAPAC, les services de sécurité et la douane sont actuellement menées pour fermer les pistes clandestines et renforcer la surveillance nocturne le long de la rivière Lubirihya, considérée comme un axe majeur du trafic illicite.
Malgré plusieurs campagnes de sensibilisation, la fraude transfrontalière reste difficile à éradiquer à Kasindi. La porosité de la frontière, la différence de prix entre les marchés congolais et ougandais, ainsi que le manque de moyens logistiques pour les services de contrôle, figurent parmi les causes principales de cette situation.
En mai 2025, par exemple, cinq véhicules transportant plus de cinq tonnes de cacao avaient déjà été interceptés à la même frontière. Des cas similaires ont été signalés à Mutwanga et Lume, toujours dans le territoire de Beni.
L’ONAPAC envisage de renforcer la traçabilité du cacao et du café congolais, notamment par la création de points de collecte certifiés et l’instauration d’un suivi numérique des exportations. L’objectif : décourager la fraude et garantir un revenu juste aux producteurs locaux.
IKK